Moi, si j'étais un taureau, je naîtrais d'une cocardière connue pour sa vivacité, son audace et sa vaillance, et d'un étalon tout en muscle, doté de bravoure et d'une extrême noblesse.
Je profiterais de mes premières sorties en piste pour observer mon adversaire, et tenter de comprendre les multiples stratagèmes qu'il opère, pour me ravir les jolis pompons et autres bouts de ficelle, que mon pelot a eu tant de mal à poser sur mes bannes naissantes. Dans cette jeunesse, je me livrerai sans fin, quitte à me fatiguer et même me blesser quelques fois, en sautant les barrières. N'est-ce pas sur l'ouvrage que l'on apprend le métier?
Puis je grandirais. Atteignant la taille adulte, je ressemblerais à peu près à ceci : j'aurais le moure de Dracula , le gabarit et l'allure de Virat, et les belles bannes de Michou. J'aimerais fréquenter les petites arènes, mais je n'aurais pas peur de livrer un combat dans une grande piste. Le défi des grands rendez-vous ne me ferait pas peur (même dans les arènes beaucairoises
).
Mes années d'apprentissage en protection et à l'avenir, m'aurait permis de peaufiner ma stratégie de combat. Tout d'abord, sortir du toril la tête haute, faire un petit tour de piste pour que les amis aféciounas puissent m'admirer, et ... hop petit calage au toril, dès retentissement de la trompette, du style : « allez les p'tits gars, je vous attends ». Et là, je ne consentirais à n'accompagner que les hommes partant de la planche, et venant se battre à la loyale. Les autres... Je les regarderais passer d'un air bien dédaigneux, voir moqueur ! Ma technique pour rester en piste jusqu'au bout du ¼ d'heure et défendre mes attributs: me placer et parfois me déplacer pour éviter d'être dominé; dailler à mort au départ du raset, enfermer (un tout petit peu) et finir cornes pointées, sans forcément casser les planches à tous les coups (oh, ça fait mal !). Mais toujours à la loyale... sauf peut-être avec ceux qui mettent leur crochet n'importe comment, sans se soucier de la prunelle de mes yeux ! Alors là: oeil pour oeil...
Enfin, la trompette viendrait me signifier que mon temps est fini, et là un grand stress m'envahirait, jusqu'à ce que j'entende l'air de Bizet. Réconforté, je rentrerais au toril, en jettant un oeil sur mon pelot, histoire de m'assurer qu'il est satisfait de ma prestation...
Moi, si j'étais un taureau, j'aimerais bien la course camarguaise...
Falbala
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